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Histoire de la Géorgie : les reliques de la reine Ketevan

Histoire de la Géorgie : un panneau relatant le périple des reliques de la reine Ketevan

Rien à faire. Le Caucase me colle à la peau. Jusqu’en Inde où j’avais décidé de me reposer dans l’ancien comptoir portugais de Goa. Avant de rejoindre les plages, une petite visite aux anciens monuments coloniaux s’est imposée d’elle-même. Première étape : Old Goa et ses multiples églises. J’ignorai alors que j’allais y apercevoir les reliques d’une ancienne reine géorgienne, vénérée dans l'histoire de la Géorgie.
Parmi le magnifique ensemble d’architecture religieuse du Vieux Goa, l’ancienne capitale de l’empire colonial portugais de Goa, en Inde, la tour de Saint Augustin fait figure de vilain petit canard. Construite par les missionnaires augustiniens qui débarquèrent en Inde au 16e siècle pour en être chassés trois siècles plus tard, quand le Portugal expulsa les ordres religieux, la tour, partie d’une église dont le toit s’est écroulé au XIXe siècle et les murs au XXe, n’est plus qu’une flèche en ruines qui menace de suivre le même sort que le reste de l’édifice.
Le déblayage du terrain a pourtant permis de découvrir dans les fondations une relique très particulière : les restes d’os de la main et de la paume ayant appartenu à la reine Ketevan de Géorgie, déclarée sainte après avoir été martyrisée en 1624 à Ispahan par les Perses pour avoir refusé de se convertir à l’islam.
La découverte de ce morceau d'histoire de la Géorgie ne tient pas du hasard. On savait que la reine martyre qui régna sur la Kakhétie (Géorgie centrale) au début des années 1600 avait lors de sa très longue détention à Shiraz rencontré deux moines augustiniens portugais qui l’avaient soutenu lorsque, mise en demeure par le Shah Abbas Ier d’apostasier sous peine de mort,  elle avait choisi de sacrifier sa vie à sa foi. L’un de ces deux moines avait apporté une partie des reliques à Rome dans l’espoir d’obtenir la canonisation de la reine suppliciée, une procédure pas si simple puisque Ketevan n’était pas catholique mais orthodoxe, comme il est de tradition en Géorgie, qui adopta le christianisme au IVe siècle. C’est finalement le patriarche orthodoxe qui canonisa quelques années plus tard la reine qui devint Sainte Ketevan et dont la mémoire est célébrée le 12 septembre, jour de sa mise à mort. Le second religieux partit de son côté poursuivre sa mission à Goa, emmenant, supposait-on, avec lui quelques ossements. Pour les découvrir, les fouilles menées par des archéologues assistés de prêtres dans les fondations de l‘église de Saint Augustin à Old Goa ont duré pas moins d’une décennie. C’est en 2004 que deux os ont été mis au jour dans les fondations de l’édifice. Mais il a encore fallu dix ans de recherche et d’analyses, dont deux analyses d’ADN, pour démontrer que ces ossements ne pouvaient pas avoir d’origine indienne et qu’ils pouvaient appartenir à la reine sexagénaire morte dans d’horribles tourments.
En 2017, un fragment de ces reliques a été exposé pendant plusieurs mois à Tbilissi et dans plusieurs diocèses de Géorgie où la foi orthodoxe a fait son retour après des décennies de communisme soviétique. Victime des aspirations conquérantes de ses puissants voisins (Perse mais aussi Ottomans), qui surent jouer des ambitions des princes et féodaux locaux, la reine Ketevan est aujourd’hui vécue comme un symbole de l’attachement « sans faille » des Géorgiens au christianisme et de la pérennité de cette foi dans l'histoire de la Géorgie.

Hélène Despic